Mon père freina un grand coup. Si je n'avais pas eu ma ceinture, je pense que j'aurai passer la tête à travers le pare-brise. Mon père se retourna vers mes frères et moi.
-Vous êtes prêt ? nous demanda-t-il.
Nous répondîmes tous trois d'un oui peu convaincant. Mon père sortit de la voiture. Nous l'imitâmes. Les portières claquèrent. Ivan, mon frère aîné, et mon père prirent nos bagages. Le gravier crissait sous nos pieds pendant que nous nous dirigions tous les quatre vers la maison qui nous servirait de foyer. La peinture des murs était écaillée, deux ou trois volets avaient disparus et la maison ressemblait plus à un champs de ruine qu'à une maison. Simon, mon plus jeune frère, contemplait la maison avec ce regard inquiet qui le fait paraître si fragile. Ivan s'approcha de lui et lui murmura:
-Attention aux vilains fantômes.
-Ivan, arrêtes de dire n'importe quoi ! dis-je à mon abrutis de frère.
-Lola a raison, dit mon père, ne dis pas de bêtises ! Les fantômes vivent dans des manoirs.
Mon père avait toujours était fasciné par les créatures mythologiques, ce qui m'exaspérais plus que tout.
-Non, vu la maison, ce serait sûrement des gnomes, des vampires où des Trolls, poursuivit mon père de son air qu'il voulait scientifique.
Simon se retourna vers moi.
-Ils disent n'importe quoi, lui dis-je.
Voyant que mon père et mon frère se lançaient dans un grand débat sur la chose la plus ennuyeuse au monde, je dis à Simon :
-Allez viens, partons devant, ils nous rejoindront.
Simon me suivit. Quand nous fûmes devant la porte, une forte odeur de moissi m'envahit les narines.
-Qu'est-ce qu'on attend ? demanda Simon.
-Papa.
-Et pourquoi ?
Eh oui, c'était l'époque où Simon posait n'importe quelle question. Simon avait dix ans.
-Parce que c'est lui qui à la clef.
-D'accord.
C'est à ce moment là que mon père et Ivan arrivèrent. Mon père sortit un trousseau de clefs, puis enfonça l'une d'elle dans la serrure. La porte s'ouvrit dans un grincement sinistre. Je vis Simon tressaillir.
-Froussard ! lança Ivan.
-Lâches le, persiflais-je.
J'aimais beaucoup Simon, sûrement plus que tout au monde. Ivan me tourna le dos et entra dans la maison. Je poussais Simon vers la porte. Il entra. Je refermais la porte une fois que j'eus pénétrée à mon tour dans cette sinistre demeure.
-Waouw ! dit mon père.
Puis il émit un sifflement admiratif.
-Qu'en penses tu Lola ?
-Qu'elle est encore plus horrible et austère que sur la photo que tu nous a montré.
-J'ai l'impression qu'on nous regarde, dit Simon.
-Ne dis pas de sottises ! lui dis-je.
Le plancher grinçait sous nos pas. Je comprends que Simon avait crû être observé. Moi même j'y avais crû, mais très vite j'avais ôté cette idée de ma tête. Car c'est toujours dans ce genre de maison qu'il se passe des choses atroces.